Timbuktu

« Je suis fissurée, je suis fissurée de partout »…

Pour ponctuer cette étrange journée du 11 janvier (ces rassemblements ont beau avoir été rassurants, ils ne peuvent être réjouissants), je me suis réfugiée au cinéma où je suis allée voir « Timbuktu », magnifique pamphlet cinématographique d’Abderrahmane Sissako. Choix réfléchi et judicieux en ces temps menaçants. Je ne peux que vous inviter, si ce n’est déjà fait, à vous ruer dans les salles obscures, pour vous laisser éclairer par ce film courageux, qui parle de liberté d’expression, et qui aborde avec intelligence, humour et dérision (des valeurs si chères à nos tristes journalistes défunts) l’absurdité du fanatisme religieux.

Dès la première séquence, nous sommes plongés dans l’univers de la barbarie… Point de sang pourtant. Des images d’hommes traquant une gazelle, qui face aux armes, n’a que ses pattes pour tenter de fuir. Non contents de s’amuser à terroriser des animaux, ces hommes armés s’en prennent ensuite à des masques et des statues anciennes, elles aussi innocentes et sans défense, qu’ils lynchent et déciment sauvagement. Le ton est donné d’emblée, les images (mises en exergue par la musique d’Amine Bouhafa) parlent d’elles-même. En grand cinéaste, Abderrahmane Sissako (auteur du déjà très beau « Bamako »), use de sa caméra comme d’un personnage. Actrice à part entière, elle prend part au scénario, se fait le témoin d’une actualité sanglante et terrifiante, et plante le décor : la force contre la liberté.

Sur le fleuve Niger, non loin de Tombouctou, des hommes armés, au nom du Djihad, ont pris le contrôle d’un village et y imposent leurs règles (ce qui n’est pas sans rappeler les événements de 2012, lorsque Tombouctou, Kidal et Gao sont tombées aux mains des Salafistes). Fini la liberté. Venus d’horizons divers (Syrie, France, Etats-Unis…), des hommes, jeunes et moins jeunes, instruits ou moins instruits, font leur loi, non sans recourir à la force et à la violence. Port du voile de chaussettes et de gants obligatoire pour les femmes, longueur de pantalon imposée pour les hommes, interdiction de fumer, interdiction de jouer de la musique, et interdiction de jouer au ballon… pour tous.

Cette privation de liberté pour les uns… nous interroge quant à la jouissance des confiscateurs. Quel(s) bénéfice(s) en tirent-ils ? Qui sont-ils ? Qu’est-ce qui les agit ? Réunis au nom de Dieu, pris dans le courant d’une identification qui les rassure, ils ont trouvé – dans un discours du Maître – une réponse au savoir qui fait énigme, un bouchon pour combler leur faille, et se laissent dicter une nouvelle ligne de conduite, qu’ils veulent à leur tour imposer. Ces militaires de l’armée islamiste règnent sur le village, surveillent ses habitants dans leurs moindres gestes, leurs moindres déplacements, et interdisent. Ils font loi donc… Improvisés terroristes, certains de ces hommes de loi d’un nouveau genre ne semblent pourtant pas toujours convaincus de la vertu des règles à faire appliquer. Le passage de victime à bourreau ne semble pas si évident pour tous. Si la plupart agit sans la moindre remise en cause de leurs actes, d’autres semblent avoir des scrupules. Le cinéaste s’amuse, et non sans ironie, multiplie les scènes où nous voyons des djihadistes en proie au doute, en prise avec des contradictions. Parmi ces derniers, plusieurs vont même consulter un sage musulman pour prendre conseil, d’autres interdisent de jouer au foot tout en alimentant des discussions passionnées sur les joueurs professionnels occidentaux, d’autres encore portent des baskets (emblème de la société occidentale), interdisent de fumer et pourtant, continuent de s’adonner à ce « vice », en cachette certes, réprimandent l’adultère… mais comme tout parlêtre ont à faire à leur désir, et ont du mal à lui résister. Désirer une femme mariée à beau être réprouvé, cela n’empêche pas l’un des leurs de tomber sous le charme de la très lumineuse femme Touareg partie, avec d’autres Touaregs, se réfugier dans les dunes de sable pour pouvoir continuer à vivre dans un semblant de liberté. Réfugiés au cœur du désert, comme la gazelle de la première séquence, ces Touaregs tentent de résister et de continuer à vivre selon leurs valeurs, et perpétuer la tradition de leur culture… Parmi eux, une famille, un homme pieux, humble et aimant, une femme (celle-là même qui est l’objet cause du désir d’un des Djihadistes) semblant, malgré le contexte menaçant, vouloir continuer à être confiante en l’avenir… et leur fille, incarnant l’espoir de jours meilleurs. Futur auquel ils se raccrochent aussi grâce à leur troupeau de bétail (confié à un jeune garçon), dont la vache préférée porte le nom de GPS ! Autre boussole pour cette famille, la musique et les ballades à la guitare jouées par le mari et reprises en chœur par ce trio exilé.

Si l’Occident et la société de consommation figurent parmi les ennemis à combattre, ses objets a semblent venir symboliser ce mal. Ils n’ont désormais plus le droit de cité. Ici, c’est l’objet rien qui est au zénith. Privation de liberté, liberté de parole, liberté de s’exprimer à travers l’art, liberté de se déplacer, liberté de jouer (de la musique, au ballon)… Liberté d’être des êtres singuliers. La norme règne. Il faut se plier à la règle, la nouvelle règle, celle que l’armée islamiste revendique au nom d’Allah… bien que bafouant, comme se plaît à le rappeler le vieux sage, les règles fondamentales de l’islam. La plus belle scène du film est peut-être cette séquence où les jeunes du village continuent, malgré l’absence de ballon réel… à jouer au foot avec un ballon imaginaire… Ils se sont appropriés le rien qui leur est imposé, l’ont détourné, retourné, l’ont rendu vivant, lui ont donné matière… pour continuer à s’amuser, à rêver… à désirer.

La tolérance et le respect sont des signifiants étrangers du vocabulaires de ces combattants. Et pourtant, étrangement, deux personnes leurs inspirent (à moins qu’ils ne l’imposent) le respect. Le sage donc, régulièrement consulté, et par les habitants du village, pris dans un Réel qui les dépasse, terrorisés et abasourdis par l’absurdité de leur nouvelle vie, et par les djihadistes parfois perplexes quant au bien fondé des règles à faire appliquer. Autre figure respectée par ces hommes, une femme, pourtant pas voilée, mais haute en couleurs. Cette femme, qui les défie et n’hésite pas à les insulter, est la seule à continuer à vivre librement, en faisant fi de la présence de ces justiciers injustes. Cette femme, qui fait exception donc, ne ne déplace jamais sans son coq (elle porte son objet a dans sa poche), est non sans évoquer une sorcière ou une magicienne… A-t-elle des pouvoirs ? Ce qui est certain, c’est qu’elle a un pouvoir, celui d’être libre. C’est en effet la seule du village, non pas à défier la privation de liberté (ceux qui s’y tentent finiront roués de coups, voire lapidés), mais à l’incarner, ce qui ne l’empêche pourtant d’être en souffrance, et de l’exprimer. Elle crie « Je suis fissurée, je suis fissurée de partout ». Elle dit en mots sa spaltung. Face à ces maux mis en mots, face à cette béance, les hommes armés sont comme désarmés… plus de censure. Comme « contaminé », l’un d’eux abandonne son surmoi et se laisse lui aussi aller au désarroi… et c’est alors son corps qui parle… qui danse, esquissant les pas de ce qui pourrait s’apparenter à ceux d’un oiseau (s’agit-il du coq ?). Est-ce la folie qui protège cette femme de la barbarie et la stupidité, pour ne pas dire la « folie »  des hommes de l’armée islamiste ?

Abderrahmane Sissako nous livre un film magnifique, tant par la mise en scène magistrale que par son discours. Je n’ai évoqué ici que quelques réflexions, mais ce film poétique nous interroge… et vient en parfait contre-point de l’actualité qui s’est abattue sur nous en ce début d’année. C’est un hymne à la poésie, à la liberté, à l’art, à la subtilité, à l’humour, à l’intelligence, à la tolérance… à toutes ces boussoles auxquelles il faut que nous nous accrochions pour continuer à défendre nos valeurs, devenues universelles : liberté, égalité, fraternité… garantes d’un lien social à jamais nécessaire pour guider nos pas.

L’utlime évasion de Pierre Vassiliu… 

Pierre Vassiliu s’en est allé… lui qui cherchait les anges, je lui souhaite de les avoir trouvés, ou alors peut-être croisera-t-il un autre grand poète, Georges Brassens, qui lui aussi s’est éteint à Sète ?! J’ai beaucoup écouté Pierre Vassiliu lorsque j’étais adolescente, j’adorais… Ses chansons ont bercé une partie de ma vie… elles évoquaient un univers qui me parlait et m’intriguait… une vie faite d’amour, de désir, de compassion, d’amitié, de légèreté… d’humour aussi, sans oublier l’art… Le monde de Pierre Vassiliu, à qui la vie avait donné la chance de s’évader dans la musique et dans les mots, m’attirait. Je me souviens m’être projetée dans sa Maison d’amour, avoir espéré y vieillir et qu’un homme me dise que je suis belle malgré les années passées, jouer le coup de l’Amour amitié et du baiser dans le cou… avoir désiré franchir l’Océan qui va de l’ami à l’amant, découvrir les frissons que la bouche est capable de donner, connaître le corps qui se plie et se tord… partir en Vadrouille à Montpellier, faire l’amour… et jouir. Puis être aimée… comme sa femme « Marie pour toujours », à qui il a si magnifiquement écrit que son premier cri fut quand il firent l’amour… Pierre Vassiliu m’a fait rêver… fantasmer… Il a transcendé, tel un grand artiste, ma réalité. Ses chansons sont fortes, puissantes, parlantes, universelles… et ses accompagnements sont eux aussi riches, sur Le vent souffle où il veut et quand il veut, le piano est non sans évoquer le fameux concert de Cologne de Keith Jarrett… Pierre Vassiliu, chanteur et poète, grand musicien… a définitivement vacillé… laissant dans nos souvenirs des éclats de rire… et l’utopie d’un monde où l’enfance est reine !

 

D’amour & d’eau fraîche… mais pas seulement !

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J’affectionne particulièrement l’expression française « vivre d’amour et d’eau fraîche »… elle dit si bien ce qu’une rencontre peut chambouler en nous… ce que les émotions peuvent nous procurer de sensations lorsque l’être aimé, cet Autre à nul autre pareil, réveille en nous les papillons endormis, et que leurs battements d’ailes se suffisent à eux-mêmes pour emplir ce qui pouvait s’apparenter à un vide, et par là-même, nous nourrir. Aimer ou être comblé… par des frissons, des vibrations… Cette merveilleuse et si parlante expression fait tout de même l’impasse sur un ingrédient qui – à mes yeux – semble pourtant essentiel à une certaine harmonie… Point de nourriture spirituelle équilibrée sans… art… (art-monie !). Inhérent à chaque civilisation, à chaque culture, l’art – tout autant que l’amour, l’eau, l’oxygène… – nous est vital. Il insuffle en nous la part, qui bien que superflue dans les apparences, nous est nécessaire pour donner du sens à la vie… et faire que l’on rêve de lendemains qui chantent. Au-delà du Beau, et de son aspect esthétique, l’art nous interroge, nous bouscule, nous émerveille, nous enchante, nous apaise, nous surprend… nous sort du quotidien et nous ramène à ce qui fait l’essence de l’homme, notre unicité et notre poésie. Quelle que soit sa forme, littérature, cinéma, musique, peinture, sculpture… l’art nous aide à nous évader de notre condition d’homme (moderne ou pas). J’ai la chance d’avoir parmi mes amies, de longue date maintenant puisque nous nous sommes rencontrées sur les bancs du lycée, une artiste… qui a toujours été « grande » à mes yeux. Cette amie, Joëlle de son prénom (et Chateau de son nom), explore à travers différentes techniques (gravure, peinture, sculpture, dessin, photo…) ce qui fait la singularité de chaque être… Après avoir travaillé sur le territoire (tout en se jouant des frontières), Joëlle travaille en ce moment (mais depuis plusieurs années déjà) sur l’animalité qui peut résider en nous. Je rentre d’un week-end passé chez elle…  et comme à chacune de mes visites, j’ai passé du temps dans son atelier. Je me suis imprégnée de son travail, de l’évolution de son cheminement artistique, j’adore écouter mon amie me faire part de ses avancées, de ses certitudes… et ses doutes aussi, de ce qu’elle a si bien nommé son « Parcours ». Cette fois-ci j’ai partagé cette escapade avec mes sœurs et mes neveux, et c’était bon de vivre ce moment en famille, de confronter nos sensibilités… et d’être unis devant l’évidence de l’importance et de la magie de l’Art ! Merci Joëlle de faire naître et renaître de si beaux moments de grâce… Vive l’Art-mour !

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Des bocaux remplis d’histoire(s)

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Cuisiner en pensant à ceux qui dégusteront mes créations est pour moi une grande source d’inspiration. J’ai envie de faire bon pour les papilles… et de faire beau pour les pupilles. Lorsque je prépare un dîner, j’aime le mettre en scène, raconter une histoire à travers mes plats. Cela commence par le choix de mes mets… et aussi par la manière dont je les présente. Ici, pour un dîner d’influence orientale et marocaine, une cuisine qui pour moi évoque, je l’ai déjà mentionné, un monde sans frontières, mais aussi un mode de vie généreux… Quand je prépare un repas méditerranéen, j’imagine une maison familiale ouverte dans laquelle – quelle que soit l’heure – un invité, ou un simple ami de passage sera toujours le bienvenu… d’art de recevoir… et pour moi, offrir à manger en est la plus belle expression. Pour le côté « fait-maison », j’ai choisi d’habiller mes préparations de bocaux Le Parfait… Ces bocaux parlent d’une cuisine d’antan, de « conserves » maison, d’étagères remplies de légumes récoltés dans un jardin à la saison estivale, et mis en conserves pour les mois hivernaux… lorsque la terre est au repos, de réserves de saveurs… Je me souviens de la cave de la maison de mon enfance, remplie de bocaux de confitures de fruits cueillis en famille… des mûres sauvages qui couraient le long des chemins, de fraises offertes par les voisins, de sureau dont les baies donnaient un jus noir… de châtaignes ramassées du bout des doigts… Les cerises, quant à elles, étaient laissées telles quelles, avec leurs noyaux, conservées dans les bocaux, cela nous permettait de manger du clafoutis (plat éminemment estival) en plein hiver. Il y avait dans les étagères de cette cave des sirops, du champagne de sureau… de la ratatouille, des coulis de tomates, des cèpes, des girolles… Il fallait dépoussiérer les bocaux avant de les ouvrir… parfois, nous retrouvions des traces de passage de quelques souris. Cela parlait de la vie à la campagne. J’ai donc donné une touche vintage à ce dîner. Même le dessert, une mousse au chocolat et au caramel, a été servi dans un bocal, comme une invitation à la gourmandise… dur de résister à l’envie d’y plonger sa cuillère !

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Une table estivale

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C’est le temps des vacances… Le temps où l’on prend le temps, où l’improvisation est reine, où les lendemains sont forcément chantants, et où les tables mettent leurs habits de lumière ! Place à la couleur. Pour ce dîner de dernière minute, j’ai improvisé une soupe crémeuse de betterave à la menthe, un pain italien façon sandwich (fourré au pesto, à la tomate et à la mozarella), une salade de pousses d’épinards à la menthe, à la coriandre, aux noisettes grillées et au pain pita craquant, et une salade de tomates à la féta parsemée de zaatar. Il me restait aussi un peu de caviar d’aubergines… Ce repas d’esprit méditerranéen était en accord avec la saison… gai et léger !

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Esprit brocante

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Recevoir… ce n’est pas simplement cuisiner… c’est aussi faire une jolie table, pour rendre honneur à ses invités. Ce soir, j’avais envie d’une table vintage… J’aime la vaisselle et les nappes anciennes, elles parlent d’une époque où les gens prenaient le temps. Au menu de mon dîner, une soupe de melon à la menthe, une pissaladière (avec une pâte maison bien entendu) relevée au chèvre et parfumée à l’origan, accompagnée d’une salade de pousses d’épinards aux noisettes, et une crème glacée à la mangue et noix de coco. Tout simple… mais efficace !

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Les vestiges de ce dîner… Hâte de croquer dans le petit pain, vivement demain !

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L’Orient à ma table

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J’aime les saveurs orientales… la subtilité des épices mélangée à la saveur et à la fraîcheur des herbes fraîches… et le principe des mezzes, où l’on pose tous les plats sur la table, et où chacun picore ci-et-là ce qui lui fait envie. C’est une cuisine qui invite à la convivialité… une cuisine festive, une cuisine sans frontières, une cuisine familiale… une cuisine qui parle de générosité… et qui me ressemble je crois. Avec le temps retrouvé, je me remets à cuisiner, à inviter, à partager. Je reprends aussi le temps d’aller regarder d’autres blogs, de bouquiner, et par là même, de m’inspirer. Ici, la photo d’une salade de fruits toute simple. J’ai simplement rajouté dans mes pêches et mes abricots quelques gouttes d’eau de fleurs d’oranger, une grosse cuillère à soupe de miel, et quelques feuilles de menthe finement ciselées. J’ai laissé mariner le tout au frais. J’ai accompagné ce dessert de petites madeleines parfumées aux noisettes et à l’eau de fleurs d’oranger. Douceur, légèreté… parfait pour clore un repas libanais.

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Au menu de ce repas… des poivrons marinés, un caviar d’aubergine au tahin (ça rime), une salade de tomates, féta et zaatar (ce mélange d’herbes est ma dernière passion, j’adore. « Zaatar », rien que le nom, c’est trop beau, c’est un mot qui me parle, une sonorité arabisante pleine de promesses), du poulet chich taouk, le tout accompagné d’une sauce au yaourt et à la menthe… et des pains pita maison bien entendu. Ce n’est pas fini, j’ai aussi confectionné des petits biscuits au tahin… cuisiner ou comment voyager à moindre frais !

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